BIFRÖST

En 2023, Paul Coudrier se rend en Norvège, au nord du cercle polaire arctique. Il parcourt la ville, s’enfonce dans la campagne, de Tromsø (comté de Troms et Finnmark) aux îles Lofoten (comté du Nordland) et aller-retour. Il attrape à la volée ce qui du « pays des Fjords » s’offre et se dérobe : une palette de paysages rudes et enneigés entre mer et montagnes, une lumière rare, tout en nuances de noir et de blanc avec un grain omniprésent. Il erre en amateur dans cette atmosphère « film noir », se laisse surprendre - et nous avec. Exit les cartes postales de la maisonnette pittoresque en bois rouge, l’aurore boréale émeraude et autre idée toute faite.
Ces photos ont été faites avec un 35mm, souvent déclenchées en une seule prise, de manière très simple. Paul n’hésite plus à déambuler, à perdre son temps, prendre une route au hasard. Une façon comme une autre de s’immerger dans une nature brute, berceau d’une grande civilisation, porteuse d’un héritage historique et folklorique légendaire : les vikings et la mythologie nordique. Ce qui est certain – et de plus en plus d’historiens insistent sur ce point –, c’est que les vikings étaient au moins autant des marchands que des guerriers… Clin d’oeil cynique au présent où, en dépit des kilomètres parcourus, dans ces grands espaces reclus, la grande consommation est omniprésente. Quant aux Norvégiens, hormis quelques traces dans neiges ou certains rencontres fugaces, ils sont quasi-absents, comme partis vers d’autres horizons.
Coudrier réunit une géographie immuable et ceux qui vivent là, leur temps qui passe...Saisissant une temporalité étrange, « Bifröst » est bien un pont, un va-et-vient entre différents mondes.